Des bulletins face aux balles

EDITORIAL

Ainsi donc, le sang a de nouveau coulé à Paris hier soir. Une attaque terroriste triplement symbolique. Par la cible visée, d’abord : des policiers dans l’exercice de leurs fonctions, la protection des populations. Par le lieu du crime, ensuite : l’épicentre mondialement connu de la capitale française. Par son moment, enfin, à 70 heures d’un scrutin décisif pour notre démocratie. Aucun de ces paramètres n’a évidemment été choisi par hasard. La rapidité de la revendication de l’attentat par Daech suffit à démontrer son inscription dans une entreprise globale de fracture sociétale.

Valeurs démocratiques

Sommes-nous pour autant désarmés ? En apparence, oui : la menace, avec laquelle chacun vit plus ou moins confusément au quotidien depuis les attentats de janvier 2015, peut frapper n’importe où et viser chacun d’entre nous. Pourtant, chaque citoyen peut exprimer, dimanche, son attachement aux valeurs démocratiques. Il suffit pour cela de peu de choses : retrouver le chemin des urnes, choisir un bulletin parmi les onze propositions en débat. Le choix est réel, les options vastes et parfois tranchées.

Chacun, dans le secret de l’isoloir, pourra faire entendre sa voix, décisive pour l’orientation politique du prochain quinquennat. Aucun programme, bien sûr, ne réunit à lui seul toutes les qualités. Chacun incarne pourtant un projet de société, avec des nuances plus ou moins marquées et des différences parfois radicales, notamment en matière de politique européenne, d’ouverture au monde, de solidarité. Ce sont ces valeurs, essentielles et précieuses, qui sont soumises au jugement souverain du peuple.

Taux de participation

Alors, oui, la plus belle victoire des terroristes serait d’annihiler toute expression démocratique dans notre pays. Avant même le résultat du scrutin de dimanche, c’est au taux de participation réel des électeurs que l’on mesurera l’état de santé démocratique du pays. Un sursaut d’expression politique, qui ferait enfin mentir les craintes d’une nouvelle désaffection des urnes, serait la meilleure des réponses aux balles des terroristes. S’abstenir, en revanche, au nom d’un rejet du « système », ne fera que fragiliser davantage encore notre démocratie. Voter est un droit. C’est aussi, dans le monde actuel empli du fracas des guerres et des clameurs dictatoriales, un devoir vis-à-vis de tous ceux qui sont privés de ce bien trop précieux pour être méprisé.

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