Abstention : attention, danger !

Abstention : attention, danger !

EDITORIAL

 

À quelques jours du second tour, les enjeux sont trop importants et les risques trop élevés pour faire semblant de se désintéresser d’un scrutin historique.

 La semaine électorale qui s’annonce promet d’être celle de tous les dangers, de toutes les outrances. Le face à face entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen se tend chaque jour un peu plus, cette dernière n’hésitant plus à pilonner son rival à coup d’insultes, de contre-vérités et de sous-entendus nauséabonds. L’avantage, avec cette posture décomplexée, c’est que la stratégie de dédiabolisation patiemment entreprise par la fille du fondateur du parti d’extrême-droite vole en éclats à mesure que ressurgissent les vieux démons anti-européens, négationnistes et identitaires du Front national.

Par contraste, la détermination d’Emmanuel Macron à expliquer son positionnement, notamment face à des publics qui sont loin de lui être acquis (on pense notamment aux salariés de Whirlpool), mérite d’être soulignée. Celui qui était il y a peu encore critiqué pour son inexpérience, sa jeunesse et ses ambiguïtés programmatiques, prouve qu’il ne manque ni de courage, ni de force de conviction lorsqu’il s’agit de défendre son projet.

 

Évidences démocratiques

C’est dans ce contexte décisif et alors que les masques tombent, qu’il convient de ne pas se tromper d’enjeu le 7 mai. À l’heure où fleurissent ici et là des consignes d’abstention, de vote blanc ou nul, accompagnées de manifestations souvent violentes sur l’air de « Ni Le Pen, ni Macron », certaines évidences arithmétiques et démocratiques méritent d’être rappelées.

Dans une démocratie, le suffrage universel se fragilise à mesure que les électeurs boudent les urnes. La légitimation démocratique de l’élu est toujours fondée sur l’assise de son socle électoral. On le sait bien, notamment lors de récents scrutins locaux caractérisés par un taux élevé d’abstention : on peut être à la fois bien et mal élu, obtenir la majorité des suffrages exprimés, tout en ne ralliant qu’une minorité du corps électoral. Ce qui affaiblit toujours l’exercice du pouvoir et nourrit la défiance des citoyens à l’égard de leurs représentants.

 

Silences et ralliements

Dans le cas du second tour de l’élection présidentielle, le danger est plus grand encore : l’abstention, les votes blancs et nuls favoriseront mathématiquement l’élection de la candidate du FN, comme l’explique le physicien du CNRS et du Cevipof Serge Galam dans une interview à l’Express. Celle-ci dispose en effet d’une réserve de voix clairement identifiée, et le rétrécissement des suffrages exprimés renforce automatiquement sa base. Le honteux ralliement de Nicolas Dupont-Aignan, qui a réussi à monnayer ses 4,7% du premier tour contre un poste de premier ministre en cas de victoire de Marine Le Pen, prouve que les lignes peuvent encore bouger et que des dynamiques de dernière minute peuvent s’enclencher.

C’est pourquoi l’attitude de Jean-Luc Mélenchon, qui se drape dans un coupable silence pour tenter de digérer sa défaite, ne grandit pas son auteur, qui peut pourtant se targuer d’avoir obtenu un score historiquement élevé à l’issue d’une campagne flamboyante.

 

Une vision et des principes

Il est dangereux et faux d’affirmer, comme on l’entend ces jours-ci, que le choix proposé le 7 mai revient à arbitrer « entre la peste et le choléra ». La sortie de l’euro et la fin de l’Europe, le rejet de l’autre et la fermeture des frontières, la montée du nationalisme au détriment des solidarités internationales, qui sont les marqueurs du programme de Madame Le Pen, conduiraient à sortir pour longtemps la France de l’Histoire.

Emmanuel Macron n’est certainement pas un homme providentiel. Mais face aux provocations permanentes, aux simplifications haineuses et clientélistes de sa rivale, lui seul peut incarner la France pour les cinq prochaines années.

Sous la Ve République, un homme ou une femme est appelé à conduire la politique de la France. Relisons l’article 5 de la Constitution, qui précise que : « Le Président de la République veille au respect de la Constitution. Il assure, par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l’État. Il est le garant de l’indépendance nationale, de l’intégrité du territoire et du respect des traités ». Il faut pour cela une vision, une culture, un humanisme et des principes. Emmanuel Macron n’est certainement pas un homme providentiel. Mais face aux provocations permanentes, aux simplifications haineuses et clientélistes de sa rivale, lui seul peut incarner la France pour les cinq prochaines années.

Si Marine Le Pen venait à l’emporter, les désordres qui en découleraient feraient peser une lourde menace sur notre climat social. La victoire d’Emmanuel Macron, quant à elle, ne résoudra pas tout : il lui faudra, lors des législatives, convaincre les Français de lui donner une majorité solide pour gouverner. De nouveau, la démocratie pourra s’exprimer et peut être infléchir son programme. Mais dans cette hypothèse, la magistrature suprême sera exercée par un homme respectueux des institutions, conscient des enjeux du monde contemporain, et désireux de ne pas isoler la France du reste de l’Europe.

Cet engagement, à lui seul, mérite un soutien massif et responsable.

 

2 comments on “Abstention : attention, danger !
  1. d'Artigues dit :

    Bravo pour ce rappel au bon sens citoyen et démocratique ! Savoir discerner l’essentiel pour s’engager avec lucidité n’a jamais été aussi important !

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